Il y a des albums qui font danser et des albums qui font réfléchir. Celui de Nia Archives fait les deux en même temps, et c'est précisément ce qui le rend passionnant. Sorti le 17 juillet, Emotional Junglist est le deuxième album de la productrice britannique originaire de Bradford, deux ans après le très remarqué Silence Is Loud. Quinze titres, quarante minutes au compteur : c'est court, c'est dense, et ça ne laisse pas le temps de reprendre son souffle.

Quinze titres écrits à cœur ouvert

Le pari de Nia Archives était risqué. Prendre la jungle et la drum and bass, deux genres nés dans les sound systems anglais du début des années 90, et y injecter une écriture ouvertement personnelle. L'album a été composé tout au long de 2025, une année marquée pour elle par une histoire d'amour commencée puis terminée. On retrouve ce parcours du début à la fin du disque, de l'euphorie des premiers instants jusqu'à l'engourdissement qui suit : « Feelingz Go Numb » ouvre le bal, « Lovers Grief » et « Tha Darkest Hour » referment le chapitre.

Entre les deux, le disque n'oublie jamais qu'il est fait pour le dancefloor. « Dance With Me 2Nite » et « Superlust » filent droit vers les breakbeats syncopés et les basses profondes qui font l'ADN du genre. Ailleurs, l'artiste ose la pop indé, les nappes d'électronica nineties, les mélodies presque sucrées. Ce mélange de britpop, de R&B et de jungle, elle l'avait déjà esquissé ; ici, elle l'assume complètement.

Un casting de premier ordre derrière les manettes

Pour donner corps à ce projet, Nia Archives s'est entourée solidement. À la production, on retrouve James Ford, habitué des Arctic Monkeys et de Blur, ainsi qu'Ethan P. Flynn et l'autrice-compositrice Julia Michaels. Côté invités, deux voix britanniques très identifiables viennent poser leur empreinte : Jorja Smith sur « Get Me Down » et Sampha sur « Tender ». Deux moments de respiration dans un album qui, sinon, avance à toute vitesse.

La critique a suivi. La presse spécialisée britannique salue un disque plus ambitieux et mieux écrit que son prédécesseur, et voit en Nia Archives l'une des signatures les plus prometteuses de la scène électronique anglaise actuelle. Difficile de leur donner tort : peu d'artistes réussissent à faire tenir dans le même morceau un tempo à 170 BPM et une confidence murmurée.

Sur Vertige Dance, on garde évidemment un œil — et une oreille — sur ce disque. Les extraits les plus club de l'album ont toute leur place dans nos sélections de la nuit. Bonne écoute, et montez le son.